Commémoration de Châteaubriant

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2ème guerre mondiale Châteaubriant résistance

Commémoration de Châteaubriant.

« 300 poitrines ont chanté à tue-tête »


L’homme, qui a vécu l’enfer durant huit mois, vient de souffler ses 100 bougies, célébrées lors d’une cérémonie à l’hôtel-de-ville de Nantes, le 23 septembre.


Henri Duguy, survivant du camp de Choisel, où étaient enfermés les 27 otages fusillés le 22 octobre 1941, raconte un parcours de résistance.

Ce dimanche, lors du 75e anniversaire des commémorations des 27 fusillés du camp de Choisel, « une vibrante Marseillaise se lèvera » dans la carrière de la Sablière, à Châteaubriant (1).

Tout comme le 22 octobre 1941 quand « au départ des camions emmenant nos 27 camarades au poteau et malgré les menaces de représailles terribles annoncées en cas de rébellion, à coups d’épaules les portes des dix baraques se sont ouvertes.
300 poitrines se sont mises à chanter à tue-tête.

La mitrailleuse juchée en haut du mirador central s’est tue », raconte, soixante-quinze ans plus tard, l’un des derniers survivants du camp encore en vie, Henri Duguy, les larmes aux yeux.
 

« C’était ça la France ! » poursuit-il.

L’homme, qui a vécu l’enfer durant huit mois, vient de souffler ses 100 bougies.

Il n’a rien oublié de cette vie de centenaire, « une longue route de militant ». Fils d’un père ouvrier, accidenté du travail, Henri est contraint d’abandonner son rêve de devenir instituteur pour travailler. Il n’a que 15 ans.

Rien n’est simple, le « désastre financier de 1929 » fait des jeunes les premières victimes de la crise. Henri trouve une place aux Brasseries de la Meuse, à Nantes.

Il ne tarde pas à adhérer aux Jeunesses communistes, ni à se syndiquer à la CGT.

Et lance, en 1936, avec deux autres camarades, un appel à la grève générale pour dénoncer les conditions de travail des femmes qui « comptent comme rien ».

Au bout d’une semaine, un accord sur les salaires et les conditions de travail est signé.

Et Henri se fait licencier. Sa majorité atteinte, il adhère au Parti communiste.

Il est embauché comme dessinateur industriel à l’usine des Batignolles, au nord-est de la ville.

Les grèves de novembre 1938 éclatent.

Elles sont terriblement réprimées.

« C’était très dur, avec des contrôles très serrés de la police », se rappelle Henri. Son père est arrêté.

À la fin du mouvement, lui est immédiatement licencié.

Il retrouve un emploi, mais milite désormais dans la clandestinité. Nous sommes en 1939.

Pour survivre, la solidarité est la clé

Il devient résistant et, comme son camarade Guy Môquet, il sera au « poste périlleux », chargé de diffuser clandestinement « des documents anti-occupant nazi ».

Le 19 avril 1941, « les menottes sont prêtes ».

Trahi, il est arrêté et informé de son internement immédiat.
Il est désormais considéré par le gouvernement de Vichy comme un « individu dangereux pour la sécurité publique ».

Il vit alors l’horreur des camps, où « la vie est impossible ». Pour survivre, la solidarité est la clé.

« Chacun prélève sur son colis familial, alors qu’on crève la faim, pour donner à ceux qui n’ont rien. »
Henri est finalement libéré, quelques mois seulement après l’assassinat de ses camarades, Guy Môquet, Jean-Pierre Timbaud…

En tête de la liste des prochains fusillés, l’infatigable militant a pourtant hésité :

« Si je sors, il faut que ça serve. » Henri n’est pas dupe : les nazis voulaient « faire croire à mes camarades que je les abandonnais ».

Il demande l’autorisation à la direction clandestine du Parti communiste, qui l’encourage à partir :

« On n’a pas deux fois l’occasion de tromper l’ennemi. »

Le résistant sort avec le plan « au 1 000e » du camp de Choisel, qu’il a tracé à la demande du capitaine qui souhaitait en doubler la capacité.

Un plan « sur papier Canson », précise-t-il, qui est aujourd’hui conservé comme document de guerre à la préfecture de Loire-Atlantique.

À peine sorti, il remet le précieux document au responsable du Front national pour la libération de la France, Paolo Rossi, lui-même exécuté en 1943 en Allemagne.

Dès le lendemain, il est condamné à s’enfuir, traqué par la police de Vichy… jusqu’à la libération de Nantes.

Ensuite, la vie reprend, la politique et le militantisme aussi. Ainsi va la vie pour Henri.

« Nous avions toute la classe ouvrière derrière nous. Nous étions majoritaires.

Le programme national de la Résistance a été fortement influencé par le Parti communiste », analyse-t-il.

Dès 1953, la première attaque contre les acquis sociaux du CNR a lieu.

Le gouvernement Laniel s’en prend à l’âge de la retraite et aux salariés à statut. Devenu secrétaire de la section PCF de Nantes-Est et secrétaire général de la fédération des cheminots de la ville, il est président du « comité de grève » :

« Les charges policières sont extrêmement dures, mais les grévistes obtiennent le maintien du statut. »

Jusqu’à sa retraite, en 1972, Henri acceptera des responsabilités.

« Cette période de ma vie, je l’ai vécue avec le souci permanent de l’humain, du respect absolu de l’engagement des autres, du combat collectif pour la sauvegarde de la paix, d’être en permanence à l’écoute de tous ceux qui souffrent.

Ces qualités de militant, d’homme libre, j’en ai fait mon credo. »

Depuis, Henri se bat pour faire vivre la mémoire collective, au sein du comité départemental du souvenir.

D’autant que, soixante-quinze ans après l’ignominie, l’actualité résonne cruellement. La montée du nationalisme, du populisme, cette frénésie de la guerre :

« Nous allons vivre une époque brutale, un choc politique », confie Henri. Mais l’inlassable optimiste, au terme de sa longue route de militant, garde « la conviction d’une victoire de l’homme sur lui-même.

D’un mouvement de résistance contre le Front national ».

Mais aussi d’une réaction de la gauche, qui, après « une période de saturation de ses reniements, construira une société plus juste et plus libre ».
 

(1) Dimanche aura lieu la 75e  cérémonie de commémoration des 27 otages fusillés de Châteaubriant, à partir de 14 heures dans la carrière de la Sablière. Pierre Laurent (PCF), Philippe Martinez (CGT), Jean-Marc Todeschini (secrétaire d’État aux Anciens combattants) y prendront la parole avant une évocation artistique et historique,

(2) Un 22 octobre 1941: ils rêvaient de liberté, écrite et mise en scène par Jean-Jacques Vanier avec la participation d’Yvan Le Bolloch.

Clotilde Mathieu
Journaliste à la rubrique social-économie

 

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Mis en ligne le 26 octobre 2016  |  Dernière mise a jour 26 octobre 2016