Construire le code du travail propositions de la CGT

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CONSTRUIRE LE CODE DU TRAVAIL DU XXIe SIÈCLE

LES PROPOSITIONS DE LA CGT

La violence du combat idéologique et l’inégalité des armes conduisent en général à adopter une position défensive alors que des progrès sont encore possibles.

Il est nécessaire de fortifier le code du travail pour lutter contre l’explosion de la précarité et la dégrada¬tion de la vie au travail.

La flexibilité, il n’y en a que trop ; un chiffre : 8 salariés sur 10 sont recrutés sur des CDD, pour une période de plus en plus courte.

Il ne s’agit pas de réduire le Code à une sorte de déclaration de principes ou de droits fondamentaux.

La mission en a été confiée à une commission de « sages » présidée par Badinter.

De telles déclarations existent déjà. Les plus importantes sont au demeurant des traités ou des chartes ratifiées par la France.

Il ne s’agit pas non plus de réaliser une nouvelle recodification à droit constant.

La modernisation du code du travail ne peut se conce¬voir que visant à faire progresser le droit du travail et non pas à encourager ou à accompagner son dépéris¬sement.

L’objectif doit être clairement posé.

Il s’agit de bâtir un code du travail plus fort, plus solide pour tous les travailleurs d’aujourd’hui, plus engageant parce que sans surprise pour les employeurs.

Le droit au travail est un droit constitutionnel.

Le garantir nécessite non pas d’abaisser les garanties collectives, mais d’élargir le droit du travail aux enjeux d’aujourd’hui : l’hyper précarisation du salariat, l’ubé¬risation de l’économie, les salariés détachés, l’auto-en¬treprenariat, le portage salarial forcé, etc.

Une réforme du droit du travail, digne de ce nom, devrait plutôt viser à établir un cadre juridique assurant à tous les travailleurs – salariés ou indépendants – qui concourent à cette chaîne de production des valeurs, les conditions d’un travail décent.

Les modifications induites par le numérique affectent tous les secteurs de l’économie et la société. Elles ont donc des incidences sur le travail et l’emploi, comme le reconnaît l’avis exploratoire du Conseil Économique et Social Européen du 16 septembre 2015.

Elles imposent la mise en place de droits nouveaux pour garantir la liberté d’expression et les droits fondamentaux dans les conditions d’un monde du travail numérisé.

Le droit du travail doit prendre en compte les enjeux liés à la transformation de l’activité professionnelle et aux nouvelles technologies d’information et de la com¬munication.

Ces nouvelles technologies donnent lieu à de nouveaux modes de travail parfois qualifiés d’« uberisation » de l’économie.

Avec ces transformations, les salariés deviennent des travailleurs soi-disant indépendants, liés à leurs clients par des contrats commerciaux.

Lorsque ces travailleurs dits indépendants subissent en réalité un lien de subordination, en se voyant « dicter leur conduite » par l’entreprise, il est possible de requa¬lifier leur contrat commercial en contrat de travail.

A l’image de ce qu’il s’est passé aux États-Unis, avec des chauffeurs Uber. Ou encore en France, avec la requalification de salariés devenus autoentrepreneurs pour l’entreprise qui les employait auparavant et ceci pour effectuer les mêmes tâches.

Lorsque la dépendance économique à son emploi est telle qu’elle génère une domination diffuse, c’est-à-dire que le travailleur n’est pas libre de rompre avec son client sans remettre son équilibre financier en cause et que cette dépendance induit une forme de subordina¬tion nouvelle,

il nous semble qu’il faut octroyer le statut de salariat à tous les travailleurs qui subissent cette dépendance et faire contribuer financièrement le recru¬teur (plateforme collaborative). Le salariat peut alors être envisage de façon plus large.

N’oublions pas que la priorité reste le maintien d’une grande majorité des travailleurs dans le salariat.

Dans cet objectif, il est important de revoir la définition du salariat dans le cadre de notre revendication de nouveau statut du travail salarié (NSTS).

C’est pourquoi, la  CGT propose de faire évoluer les droits des salariés vers moins de subordination, plus d’autonomie, tout en sécurisant leur évolution profes¬sionnelle.

Ces droits – emploi, carrière et reconnais¬sance des qualifications, formation, professionnelle, protection sociale - garantis collectivement ne doivent plus dépendre du contrat de travail mais être attachés au salarié et cumulables, transférables et opposables à tout employeur.

Cela nécessite d’inscrire le droit à l’emploi dans une vision nouvelle de travail impliquant la reconnaissance d’un droit à l’évolution et à la progression professionnelle, à la mobilité professionnelle choisie permettant à chacun de mettre le lien de subordina¬tion à distance.

De la même façon, nous proposons que les contrats soient maintenus entre deux emplois.

C’est donc le dernier employeur qui verse le revenu socialisé, et ceci en cas de licenciement, de départ à la retraite, congé parental, bénévolat, congés sabbatiques …

Cette continuité du contrat permet le maintien d’un lien entre le salarié hors emploi et sa communauté de travail, ses représentants du personnel.

Des expériences récentes illustrent la possibilité de créer ces droits nouveaux, permettant d’éviter la rupture du contrat.

Ainsi en Bretagne, un CDI « temps plein de formation » a été créé.

Cette idée de la CGT a permis à une trentaine de salariés saisonniers de signer un contrat à durée indéterminé (CDI) « temps plein – formation » leur permettant d’alterner six mois de travail dans le secteur du tourisme avec six mois de formations pouvant mener jusqu’à la licence tourisme.

Une centaine de nouveaux salariés devraient pouvoir signer un tel contrat.

Hiérarchie des normes et principe de faveur

Il est essentiel aujourd’hui de rétablir la hiérarchie des normes et de constitutionnaliser le principe de faveur. Ceci mettra un terme au démantèlement des garanties collectives, au rétrécissement progressif du principe de faveur et de l’ordre public social.

Il est, ainsi, tout à fait cohérent, d’intégrer le principe de faveur dans la constitution, dans la liste des principes fondamentaux « particulièrement nécessaires à notre temps » énoncé par le Préambule de la constitution du 27 octobre 1946.

Ce principe doit être renforcé. À ce jour il demeure sans valeur constitutionnelle, par conséquent, la loi peut y déroger.

Le principe de faveur doit également être respecté entre les conventions et accords collectifs eux-mêmes.

Plus on monte dans les niveaux de négociation, plus l’on s’extrait du lien de subordination, ce qui permet une négociation plus efficace. 

Les accords de niveau inférieur doivent donc respecter les clauses des accords de niveau supérieur ou les améliorer.  Les conventions collectives doivent retrouver leur caractère normatif plein et entier et ne permettre que des dérogations avantageuses pour les salariés.
 

Enfin, la négociation collective ne doit pas modifier le contrat de travail du salarié dans un sens défavorable, en contrepartie d’un prétendu maintien de l’emploi dans l’entreprise.

La négociation collective ne doit pas être une négociation de régression, ne doit pas devenir un outil permettant de céder au chantage à l’emploi.

La négociation collective

Il faut rétablir la conception de la négociation collective telle que la prévoit  le Préambule de la constitution de 1946, comme un droit des salariés, et non comme un outil de flexibilité à l’usage du patronat, ce qui induit une régression sociale.

La négociation d’acquisition devient une négociation concession, centrée sur les enjeux économiques, puisque désormais on demande aux syndicats de négocier le maintien de l’emploi dans l’entreprise.

En appuyant les trois blocs de négociation sur la Banque de Données Économiques et Sociale (BDES), la loi Rebsamen accentue ce lien entre les impératifs de l’entreprise et leur contenu.

Cette vision de la négociation fait peser sur les salariés le risque économique de l’entreprise, sans pour autant qu’il n’y ait de contre¬partie en terme de pouvoir de décision.

Le code du travail doit être un socle garantissant, des droits et garanties collectives des salariés, accep¬tables et pouvant être amélioré par la négociation collective.

Il doit garantir la participation effective des salariés à la détermination de leurs conditions de travail, ce que remet en cause profondément la Loi Rebsamen en faisant disparaitre l’obligation de consulter le comité d’entreprise en préalable à la conclusion, la révision ou la dénonciation d’un accord collectif.

Les accords dérogatoires n’ont pas lieu d’être, car ils font dépendre les droits et garanties collectives des salariés, du rapport de force existant, au niveau d’une branche et de plus en plus, au niveau de l’entreprise.

C’est le retour vers un libéralisme d’antan.

Le droit à la négociation collective doit redevenir un outil de progrès social.

La négociation collective, pour être efficace, doit pouvoir s’appuyer sur un rapport de force plus équilibré en faveur des salariés.

Les acteurs de la négociation doivent donc être renforcés. Pour penser la rénovation du droit à la négociation collective, il faut s’intéresser aux conditions de la négociation.

Le dialogue social doit être loyal et encadré.

Or, à tous les niveaux de négociation, le patronat a le dessus, il s’agit donc de contrebalancer cet état de fait.

Nous  avons besoin de libertés syndicales reconnues et de droits nouveaux d’intervention et d’expression pour les représentants syndicaux et les salariés.

Nous avons besoin de sanctions efficaces et dissuasives des entorses que le patronat commet à l’encontre des droits et libertés syndical, des droits des institutions représentatives du personnel.

Un nouveau cadre pour le dialogue social dépassant le périmètre de l’entreprise à toute sa pertinence. Des expériences existent en matière de comités inter-en¬treprises et de CHSCT de sites qui méritent de trouver des prolongements.

Une approche territoriale de la négociation doit également émerger sur certains sujets pour produire des droits collectifs communs aux sala¬riés sur un territoire donné : emploi, formation mais aussi organisation et environnement du travail. C’est cela aussi plus d’efficacité économique.
 

• Dans la branche et l’interprofessionnel

:☛☛la reconnaissance du droit des militants des confédérations syndicales à l’activité interpro¬fessionnelle, en leur accordant du temps de délégation et les moyens nécessaires,
 

☛☛la définition de nouvelles règles pour la négo¬ciation nationale interprofessionnelle, qui doit se dérouler dans un lieu neutre.

Patronat et organisations syndicales doivent disposer des mêmes moyens et appuis dans le cadre de la négociation.

La présidence de séance doit être assurée par une ou plusieurs personnalités qua¬lifiées et reconnues comme tel par l’ensemble des négociateurs patronaux et syndicaux, ou par une coprésidence syndicale et patronale. Il en va de même pour le secrétariat de la négo¬ciation collective.

• Dans l’entreprise :

☛☛droit d’informer et de débattre avec les salariés des négociations en cours. Pour cela, il faut obtenir des heures d’information syndicale mais aussi un accès automatique et sécurisé à intranet.

 

Mis en ligne le 4 mars 2016  |  Dernière mise a jour 4 mars 2016