Lettre onverte d'un cheminot retraité au cuisiner de l'élysée

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LETTRE OUVERTE

D'un cheminot retraité au cuisinier de l’Élysée

Publié le 21 octobre 2019 par FSCMonsieur,

Dans un entretien paru dans le Figaro du 3 mai 2017 vous aviez alors déclaré en entrée en matière, "Je ne sauve pas des vies, je ne fais que cuisiner".

Deux ans et demi plus tard, vous prenez le temps de Twitter : "même plus de colère tellement vous nous habituez à être pris en otage par les feignants ! Je vous souhaite quand même de vous casser le petit orteil".

Voyez-vous Monsieur le chef d'une équipe d'une trentaine de personnes qui fournissent en moyenne 2500 repas par jour, ces feignants que vous stigmatisez ont la charge de la sécurité de plusieurs millions de personnes par jour. On fait le ratio, et on hiérarchise les normes de priorité ?

Ces "feignants" comme vous dites exercent leur droit de retrait parce que l'un d'eux, lui, vient de sauver des vies alors que blessé et ayant été mis dans une situation qui par choix de gestion fait par la main que vous alimentez mais qui vous nourrit ont installé une situation accidentogène qui n'est pas locale mais bien générale et survient après de nombreuses alertes antérieures que vos rationnaires se refusent à entendre.

 

Il vous paraît donc normal de disposer du personnel suffisant pour cuisiner truffes foies gras ou étaler le caviar sur les canapés avant de servir poulardes et chapon. ; pourquoi pas compenser la tragique disparition des homards du boulevard St Germain en leur assurant résurrection sur les tables dressées entre les avenues du Coq et de Matignon , mais vouloir que deux personnes au moins assurent la sécurité des usagers dans un train, que les gares soient ouvertes aux activités de sécurités des circulations et des usagers – dont peut-être certains de ceux qui vous font les pluches – est une exigence exorbitante ne venant que de privilégiés "feignants" ?

Sachez, pendant que vous goûtez les sauces, que les agents des gares, des postes ou roulant travaillant en posté et décalé se nourrissent de sandwichs et ne peuvent bénéficier d'une vrai restauration collective tant les politiques portées et réalisées par ceux que vous gavez ont raboté les budgets des activités sociales de la SNCF. Ce n'est pas à l’Élysée que les troubles de l'appareil digestif ou (et) musculo-squelettiques liés aux conditions de travail sont légion. Ce n'est pas sur votre lieu de travail qu'il faudra à tout prix et avec des outils défaillants empêcher (grâce aux régulateurs, aiguilleurs, conducteurs, contrôleurs agents de l'exploitation) qu'un incident ne dégénère en catastrophe.

Sachez monsieur le chef des cuisines du château que pendant qu'avec 28 subordonnés, installé confortablement dans votre ultra performant laboratoire à purée antiatomique et antisismique, en un an le double de votre effectif a été poussé au suicide par les choix portés par le petit marquis et sa cour que vous adulez et régalez.

Sachez que les économies sur le personnel, la qualité et l'entretien du matériel à la SNCF installe un contexte accidentogène qui s'est concrétisé le 16 octobre et qu'à partir des étages sis au-dessus de votre tête on travaille à réprimer au lieu d'écouter ceux qui exigent pour tous les usagers les moyens de la sécurité des circulations.

Avec le soutien de ces usagers quotidiens du service public, intervention qu'avec votre diatribe vous travaillez à empêcher, si les cheminots ne parviennent pas à tordre les choix fait par d'autres, usagers quotidiens des tapis, tables et vaisselles bénéficiant de votre art, il y aura des morts. Et parce que les cheminots ne resteront pas sans réagir, vous pourrez une nouvelle fois faire jaillir ce qui au final ressemble à de la haine. La bile et son haleine fétide rendent impossible une cuisine de qualité.

 

Monsieur, celui qui écrit ce message considère que la cuisine est un art à qui ont doit respect pour ceux qui l'exerce. Il ne peut donc avoir que mépris pour le chef, fut-il meilleur ouvrier de France, de la cambuse officielle quand celui-ci use du prestige de son col tricolore pour mépriser ainsi le monde du travail.

Maîtriser son art est une chose, s'en servir avec intelligence en est une autre. L'actualité éclaire le champ des possibles : on peut être prix Nobel de littérature et soutenir des génocidaires. Alors pourquoi pas meilleur ouvrier de France et pour n'être que le regrattier des idées rances ?

Le bon usage exige de conclure par une formule de politesse, j'aurai celle d'en rester là.

 

Guy Hervy
Cheminot retraité
Ancien conducteur de route à la SNCF,
Passionné par l'art culinaire et de le faisant partager avec convivialité.

 

 

Mis en ligne le 22 octobre 2019  |  Dernière mise a jour 22 octobre 2019