Communiqué CGT USAP

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 Bonsoir, Monsieur le directeur général,

L' Usap-Cgt tient à réagir à la désignation et à l'amalgame que vous faites entre la milice ultra-organisée et violente (Black Block) et les 40 000 manifestants qui ont défilé pacifiquement à Paris aujourd’hui.

Cet amalgame, que nous contestons, est contenu dans l'intervention de la ministre de la Santé et dans votre courrier désignant « des manifestants ».

Les manifestants ne sont pas les activistes responsables de ce qui paraît de plus en plus être une opération organisée et stratégique de personnes ou de groupes de personnes qui semblent n'avoir qu’un seul but : porter préjudice au mouvement social et démocratique, pour le décrédibiliser par leurs violences et des actions de destruction des biens publics.

Contrairement à ce qui a été dit par la ministre, ce n’est pas la première fois que des casseurs s'attaquent à un hôpital pour susciter l’émotion et la colère de l'opinion publique.

Je rappelle l'attaque contre l’hôpital Necker, en marge d'une manifestation contre la loi El Khomri.

Un quidam avait œuvré sous les yeux de la police, et seule la vidéo d'un journaliste présent avait pu rétablir la vérité, alors que vous aviez accusé les manifestants, sous-entendu les syndicats.

L'émotion était à son comble s'agissant d'un hôpital pédiatrique, et vous aviez fait appel aux dons pour réparer les vitres brisées de l’hôpital.

À Cochin aussi il y a eu un événement, et encore aujourd’hui à la Pitié-Salpêtrière malgré une présence policière d’une ampleur inégalée.

On peut s'interroger sur les choix très symboliques et stratégiques de ces attaques, mais aussi : que faisait la police ?

Comment, alors qu'un hôpital se trouve sur le parcours du cortège, n'a-t-il pas été mieux protégé et que ces personnes ont-elles pu pénétrer aussi facilement ? A qui profite le crime?

Sept mille policiers déployés, des drones, des fouilles innombrables, et les casseurs peuvent œuvrer en nombre et en marge du cortège ?

Je rappelle que nombre de personnels hospitaliers étaient mobilisés aujourd'hui pour la défense de l’hôpital public et pour exiger des moyens pour soigner correctement la population.

Sachez, Monsieur le directeur général, éviter les amalgames entre ceux qui viennent pacifiquement réclamer plus de justice sociale et ceux qui poursuivent des objectifs plus obscurs.

Notre organisation syndicale ne peut laisser ainsi instrumentaliser l'opinion publique.

Nous condamnons toutes violences aussi bien policières, la police n'a pas hésité à gazer la tête du cortège où se trouvaient le secrétaire général de la CGT et des journalistes.

Les impacts des tirs sont visibles sur la camionnette CGT parfaitement identifiée. Mais nous condamnons aussi la violence de ce qui paraît être une milice bien organisée qui n'hésite pas, à l’encontre de toutes nos valeurs, à s'attaquer à un service de soins.

Cela dit, pour se garder de conclusions hâtives, nous réclamons une totale transparence sur ces événements car bien souvent la vérité se trouve masquée ou transformée.

Mais ce qui nous paraît également gravissime, c’est l'absence de véritable réponse politique, depuis des mois, du gouvernement Macron aux revendications de justice sociale de la population, des travailleurs et des privés d’emploi, des retraités, pour les salaires, les services publics, etc.

Le gouvernement ne répond que par plus d’austérité pour les plus modestes et l’amplification de la répression policière contre la population.

Nous dénonçons les mesures d'austérité de ce gouvernement contre l’hôpital public, conduisant à supprimer toujours plus d'effectifs, de moyens budgétaires, imposant des fermetures de lits et d'hôpitaux, année après année, dégradant la prise en charge correcte de la population, sa sécurité ainsi que les conditions de travail des personnels.

Je vous rappelle la situation de crise de l'ensemble des SAU de l'AP-HP actuellement en grève, nécessitant des moyens à hauteur des besoins.

Nous rappelons votre objectif de suppressions de plus de 50 % de lits des hôpitaux de long séjour pour les personnes âgées à l’AP-HP, votre objectif de suppressions de 800 à 1 000 emplois par an d’ici à 2020... celui du démantèlement du siège historique de l’AP-HP et de ses hôpitaux regroupés en supra GH, de la politique sociale en berne à l’AP-HP (salaires, formation, promotion professionnelle, crèches, centres de loisirs, logements, rythme de travail et réduction du temps de travail ou OTT) qui entraînent perte d’attractivité, fuite de nos personnels toutes catégories, etc.

Alors, quand vous irez, avec Mme Buzyn, féliciter nos collègues de la Pitié-Salpêtrière, n’oubliez pas que la véritable reconnaissance passe par la revalorisation des salaires et des rémunérations, des conditions de travail dignes, pour exercer avec du temps humain, des repos et des congés respectés, pour mieux prendre en charge nos patients, avec des effectifs, et l'arrêt des fermetures de lits, de services, d'hôpitaux.

Il faut un véritable plan d’urgence pour les SAU, des négociations avec l'ARS, le respect des recommandations du référentiel des effectifs SAU de France, la reconnaissance rémunérée pour les personnels de 300 €, la réouverture des lits fermés dans le cadre de l’ambulatoire pour avoir des lits d'aval de médecine polyvalente. Des mesures de rémunérations attrayantes pour faciliter l'embauche de nos professionnels de santé. La titularisation des CDD, etc.

Nous voulons surtout le retrait du plan d’économie et du démantèlement de l'AP-HP.

Dans cette attente, veuillez agréer nos sentiments distingués.

Pour l'USAP CGT
Rose-May Rousseau

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Mis en ligne le 5 mai 2019  |  Dernière mise a jour 5 mai 2019