Et maintenant le printemps des retraités

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Et maintenant le printemps des retraités !

Les manœuvres se multiplient du côté d'Emmanuel Macron et de sa majorité présidentielle pour conclure sans trop de casse le « grand débat ».

Ce sera difficile car, loin d'apaiser les colères et de contenir l’exaspération, les échanges ont conforté les principales revendications exprimées dans le pays.

Et les retraités n'ont pas l'intention de baisser la garde.

Lancé par le président de la République, le « grand débat » était censé apaiser ou détourner les manifestations de colère répétées des gilets jaunes, après celles des retraités contre la hausse de la CSG.

Le président, dans sa Lettre aux Français, pour « encadrer » les débats, en limitait le périmètre à quatre thèmes excluant le pouvoir d'achat, la justice fiscale et la justice sociale, pourtant au cœur du mécontentement et des revendications.

Il ne s'agissait donc pas pour E. Macron d'écouter et de répondre aux attentes de ses interlocuteurs, mais de défendre sa politique.

Une imitation involontaire de Coluche qui ironisait:

« Dites-moi ce dont vous avez besoin, je vous expliquerai comment vous en passer ».

Un show présidentiel médiatisé jusqu'à l'overdose

Après avoir précisé qu'il n'était pas question de rétablir l'ISF, ni d'envisager de nouvelles mesures sociales sans en réduire d'autres, ni d'améliorer des services publics sans en supprimer, le président demandait aux Français dans sa Lettre de choisir eux-mêmes ce qu'ils souhaitaient réduire ou supprimer.

Difficile de faire plus cynique.

L'humoriste Anne Roumanoff a bien résumé les objectifs cachés du président :

«Le grand débat national, je pensais que c’était 60 millions de Français qui donnaient leur avis pendant plusieurs jours, en fait, c’est Emmanuel Macron qui donne son avis à 60 millions de Français pendant plusieurs heures. »

Les retraités « oubliés » du débat

Les retraités qui avaient manifesté des mois durant leur opposition à la hausse de la CSG et à la désindexation des pensions ne figuraient pas parmi les thèmes soumis à la discussion !

Emmanuel Macron pensait qu'en les excluant ils pèseraient moins dans les discussions et que les violences mises en exergue par les médias les éloigneraient de leurs revendications.

Ça n'a pas vraiment marché.

Les retraités étaient nombreux dans les débats organisés par les municipalités, nombreux sur les ronds-points des gilets jaunes et très revendicatifs dans les cahiers de doléances.

Problème pour un président en quête de popularité à l'approche des élections européennes : les retraités votent, les plus âgés dans leur majorité ont voté Macron, mais ils sont toujours aussi mécontents.

Les retraités, eux, n'oublient pas

D'autant que les résultats des« réformes structurelles » qui devaient redresser l’économie du pays, relancer l’emploi, le pouvoir d'achat, réduire la dette et équilibrer la balance commerciale de la France ne sont toujours pas au rendez-vous.

D'où l'inquiétude du Premier ministre à propos des suites du grand débat : « le risque déceptif est important », dit-il.

Le parti d'Emmanuel Macron a donc quitté sa posture moutonnière pour faire des propositions en direction des retraités : désindexation des petites pensions, ou comment manœuvrer en recul en tentant de diviser les retraités pour leur imposer l'inacceptable : la réduction de leurs pensions.

La riposte doit être à la hauteur d'une colère qui a peu de chances de s'apaiser.

Si le débat les a écartés, les retraités, eux, n'oublient pas leurs difficultés ni leurs revendications.

Après la campagne « Reprenez vos cadeaux, rendez-nous notre pouvoir d'achat », qui a rencontré un succès certain et un relais appréciable auprès des médias, les 9 organisations de retraités ont décidé d'une nouvelle campagne pour remettre leurs exigences sur le devant de la scène.

Les retraités CGT ont édité un questionnaire

« Macron verrouille le débat, la Cgt-Retraités vous donne la parole ».

Préparons le rendez-vous du 11 avril

Les 9 organisations ont lancé une carte-pétition adressée au président de la République présentée au plus grand nombre de retraités et elles appellent à des manifestations dans tout le pays le 11 avril.

Si Emmanuel Macron voulait faire oublier les retraités, c'est raté. Ils lui préparent un « Printemps de dingue ».

Pascal Santoni

 

 

Mis en ligne le 1 avril 2019  |  Dernière mise a jour 1 avril 2019